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Surgir

Conception & texte : BOAB
Design graphique : Dépli studio
Intégration : 


 

Scénographie de la naissance : le premier cri du nourrisson à destination de l'enfant.

Faire part de la naissance. Les parents sont invités à construire une animation graphique à partir de l'enregistrement audio du premier cri du nourrisson et a la transmettre par email à leurs amis. Singulière dynamique du son en déplacement qui reviendra plus tard à l’oreille de l’enfant devenu adulte.
La réalisation utilise une transformation 
algorithmique du son en graphisme.

     L'accouchement est à vivre, les mots-d’après n’en transmettent que peu de chose, un indicible où les contournements de la parole cernent sans jamais rien en traduire, une immense émotion… Il y a une expressivité de la naissance transmissible que Surgir voudrait accompagner. Le souffle, la voix, le premier cri, les mots dans la respiration, ces vocalités se donnent comme émissions subtiles des corps et comme proposition d'un réapprentissage de l’écoute et du son juste. Elles se donnent à celui qui veut entendre, au delà des mots. Une durée est posée, celle d’un geste, d’une transition du silence à la présence avec les modulations mystérieuses du cri et l’intonation de la voix de la maman en réponse, celle de l’événement s’écrivant. Ou plutôt s’agit-il d’une apposition d’instants pour reconstruire une transformation du souffle en une forme première de musicalité. La voix qui habituellement donne corps aux paroles, qui affleure sous le mot prononcé prend des formes particulières. Elle est une figure de la naissance dans le premier cri, à la fois épure et corporéité, conditionnée par le souffle et timbrée. Elle est presque dans les mots de la maman une valeur égale aux mots où transparaît la fatigue, la joie, l’émotion de la rencontre. Que l’enfant crie ou qu’il naisse dans le silence, une qualité demeure, la proposition sonore qui est donnée est toujours juste, c’est la justesse du corps. 

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L’air, notre condition d’existence, celui qu’il nous faut inspirer et rejeter sans cesse, se décline ici sous d’autres modes, sous d’autres propriétés. Un son est l’indice d’un événement ou d’un mouvement qui survient aux choses(1). Chaque son [capté ] porte un vécu et un sens. Le son est le réel « encodé », il est la dimension sonore du geste et de la matière. Le premier cri n’y échappe pas. Du déroulé de la séquence, on peut percevoir la vigueur, la fragilité, l’énergie et le frein, la soudaineté de l’éveil, l’apaisement de l’enfant. Chaque expiration marque l’engagement. Il résonne en nous, porte l’idée de nécessité, d’adaptation, de libération et en même temps, il échappe à notre compréhension. Il ne mène à rien d’autre qu’à lui-même. Ce n’est ni un appel, ni un message, nous sommes dans la construction du corps, captation d’un mystère. L’expression sans contenue, pure voix, impose de se défaire des mots. C’est un irréductible comme la saveur d’un fruit, l’expérience est nécessaire. Nous pouvons écouter la richesse des sonorités et des percussions, la cohérence de la séquence. Nous pouvons écouter ces souffles rapides ou longs. Les modulations de la voix, les sons bruités, l’intensité portée sont directement la naissance, le geste de l’enfant. 

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L’onde. Le premier cri est une onde singulière, intrinsèquement l’enfant et l’instant, que notre oreille sait recevoir. Nous pouvons en jouer, l’amplifier, la reconduire. Peut être certains la considéreront comme une référence de l’écoute, une valeur du monde qui se dessine au travers de l’enfant naissant, par une sorte d’immanence comme la séquence mesurée d’un diapason dans un monde changeant. Cette vocalité que quelques mamans qualifient          «d’instant précieux», cette vibration, nous transforme en témoin désarmé devant une pleine présence, elle participe d’une musique, Notre musique, une dimension intime qui résonne en chacun, singulière et universelle. 

Surgir écrit en une proposition les niveaux de compréhension suivants : l’enfant, sa corporéïté, l’instant, l’émotion des parents, la naissance assistée de professionnels (savoir, attention, écriture), la maternité (le lieu et l’organisation) comme construction d’un territoire et d’une société. Ainsi une série de choix est développée. La construction de la carte sonore emprunte les modes d’exercice d’une maternité, de l’unicité de l’enfant et de chaque naissance, de la salle de naissance au retour à la vie ordinaire. L’écriture invite à l’écoute et à l’appropriation. La forme, un fichier numérique à transmettre, traduit les dimensions de territoire et l’émotion des parents. 

Produire un acte scénographique sur la naissance dans une maternité permet d’éliminer le superflu, d’être dans la fulgurance, de penser l’acte minimum et Surgir a plus à voir avec un bouche-à-oreille qu’a l’exposition d’un sujet dans le cadre d’un musée. La scénographie est celle d’un cheminement de la pensée qui se superpose à l’expérience d’un parcours in situ et dans lequel il est possible de déclencher chez le visiteur une attitude participative : observer, écouter, expérimenter (2). Le projet repose sur l’objectivation (faire la connaissance) et sur les dynamiques relationnelles du moment, des professionnels du soin aux parents, entre enfant et parents, des parents aux amis, et s’étend de l’enfant-nourrisson à l’enfant-adulte comme un engagement d’avenir. Ce qui est donné à entendre c’est l’enfant et son environnement. Fondée sur ces principes, la scénographie devient renouvelable et inscrite dans le process de la maternité. Une trace comme une empreinte de cette expérience fait écho à l’évènement qui se joue. Cette mise en commun prend la forme d’une animation graphique et sonore. Elle est à la fois écriture et simple accompagnement, un révélateur de l’action et une extension imaginaire. 

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Renversement du Temps. L'onde se propage. Les scientifiques décrivent ce mouvement comme une sphère en expansion depuis une source émettrice (l'annonce de la naissance). C'est aussi avec le son que l'on explique la Loi du Renversement du Temps. L'onde peut revenir à l'oreille de l'émetteur, reformer le signal dont l'onde même est issue, à l'endroit exact où ce signal a été lancé (3). Surgir adopte cette figure et se permet quelques libertés pour envisager que l'enfant devenu adulte puisse recevoir de ses parents ou des amis de la famille, le cri qu'il avait lui-même poussé, il y a bien longtemps. Il est le destinataire final de l'animation. L'enfant s'adresse à lui-même sous la forme subtile et mystérieuse d'une vibration, familière pour lui, indécodable pour tout autre corps que le sien. Dans l'instant de l'écoute, dans la sensation que procure l'onde, deux temps d'un corps qui s'est transformé se retrouvent, il est l'adulte et son énergie de naissance tout en même temps. Mémoire corporelle ou extension imaginaire peu importe, représenter la naissance c'est écrire l'instant, l'instant de création et la relation intime que l'adulte entretient à la naissance, celle de ses enfants dont il est le témoin et sa félicité, celle de sa propre naissance et il faut comprendre ici revenir à cette impression de naissance aussi réel que le centre de gravité d'un corps, élaboré à partir des témoignages et inventé, presque une sensation, que l'on convoque, qui apaise et nous invite à être. 

 

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(1) Propos tiré de la conférence de Francis Wolff, philosophe, « Pourquoi la musique ? », Collège de France, le 13 janvier 2013.
(2) Définition de la scénographie de Philippe Délis, architecte et scénographe, pour le projet Littoral.
(3) Leçon inaugurale de Mathias Fink, "Renversement du temps, Ondes et Innovation", Collège de France, le 12 février 2009.                           

       https://www.youtube.com/watch?v=e9cLC60V8no&list=PLpYbVQ22RFCqrLLHxr96Y2PLXF2Engusf

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Premier cri / souffle / respiration / mots 

Continuum / instant / rencontre / annonce 

Création / mystère / habiter le monde / être

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